Site

Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n° 1054 du 24 septembre 2011/Page 1

Page 1

Editorial : Nous reproduisons des extraits d’un Editorial d’Arlette Laguiller : Face à la crise, il faut refuser toute solidarité avec les exploiteurs

Il y a peu encore, les chefs d’État ou les ministres de l’Économie annonçaient périodiquement qu’ils avaient trouvé la pierre philosophale pour surmonter la crise de leur économie. Mais les bateleurs de foire les plus bruyants du monde capitaliste, et Sarkozy fait partie du lot, ne convainquent plus personne. Ils sont incapables de maîtriser la crise. Ils n’en nient plus la gravité, ils en font, au contraire, un argument pour nous faire avaler les plans d’austérité et les sacrifices. Les irresponsables qui dirigent une économie irrationnelle, stupide, voudraient bien rendre toutes les classes populaires, victimes des soubresauts de leur économie, solidaires de ceux qui en sont les responsables et les bénéficiaires. Comme si, avec l’aggravation de la situation, les intérêts des exploités convergeaient avec ceux de leurs exploiteurs ! Mais, en réalité, ils sont plus opposés que jamais. 
Il n’y a pas de raison que les travailleurs acceptent ni les licenciements et le chômage, ni la dégradation de leur pouvoir d’achat.
Il n’y a pas de raison que les travailleurs acceptent que l’État leur vide les poches en s’attaquant aux retraites, à l’assurance maladie, aux services publics, uniquement pour donner de l’argent aux banquiers et tenir à bout de bras le profit des grandes entreprises dont seuls bénéficient les actionnaires.
La classe capitaliste  est non seulement l’ennemie de ceux qu’elle exploite mais aussi de la société qu’elle est en train de ruiner !
La seule chose qui puisse l’arrêter, c’est une explosion sociale, c’est la révolte de toutes les victimes d’un système fou, dirigé par des irresponsables.
Non seulement les travailleurs ont le droit humain, moral, de refuser de payer la crise à la place des profiteurs de l’économie capitaliste, mais leurs intérêts se confondent avec ceux de toute la société. La pire chose qui puisse arriver serait qu’il n’y ait pas de réactions à la hauteur de la part des travailleurs. Car, alors, tous les privilégiés, préoccupés seulement de leur profit privé, totalement irresponsables à l’égard de la société, se sentiraient encouragés. Pourquoi s’arrêteraient-ils donc de spéculer si, lorsqu’ils gagnent, ils empochent et, lorsqu’ils perdent, l’État leur vient en aide avec l’argent prélevé sur notre dos ?
La crise, personne ne peut l’arrêter, et toutes leurs tentatives dans ce sens depuis trois ans le montrent amplement. Alors, nous avons à protéger nos seuls moyens d’existence, nos emplois et nos salaires. Il faut les défendre bec et ongles, en imposant l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous les bras disponibles sans diminution de salaire. Les exploiteurs ont l’argent pour cela. C’est précisément parce que cet argent, au lieu de servir au maintien de l’emploi pour tous, est détourné vers les opérations financières que la société crève. Nous devons défendre nos salaires et les pensions de retraite des anciens en imposant leur augmentation conséquente pour rattraper le pouvoir d’achat perdu et le protéger ensuite par une indexation automatique sur les hausses de prix.
Face à l’irresponsabilité des capitalistes, nous devons leur contester le droit de décider seuls, derrière le secret des affaires. Ce n’est pas seulement notre propre avenir qui en dépend, mais l’avenir de toute la société.
 

Guadeloupe : Nouvelles mobilisations contre des fermetures de classes et grève du 27 septembre

Malgré les propos rassurants des responsables du rectorat, la rentrée scolaire ne se passe pas si bien que ça. Les parents d’élèves de l’école de Blachon, au Lamentin, ont d’ailleurs manifesté leur mécontentement le 14 et le 15 septembre, protestant contre la fermeture d’une classe.
 
Trois écoles primaires de plus ont vu cette semaine des mobilisations des parents : à Ste Anne, ils refusent de voir leurs enfants scolarisés dans des classes de 31 à 32 élèves. A Dothémare aux Abymes, ils s’élèvent contre la fermeture de trois classes, en Maternelle et en Primaire. A Vieux Bourg, la mise en place d’une classe à trois niveaux regroupant 28 élèves a entraîné l’indignation des parents. Et c’est pratiquement tous les jours qu’il y a des parents qui se mobilisent contre des fermetures de classes, les classes surchargées et parfois l’absence d’enseignant devant les élèves, collégiens ou lycéens.
 
C’est ainsi que plusieurs centaines d’élèves sortant de troisième n’ont pas fait la rentrée, en attente d’une affectation qui – de toutes manières – ne correspondra pas à leurs souhaits. Il en est de même pour plusieurs centaines d’élèves sortant de seconde.
 
Dans les établissements, de nombreux élèves sont rentrés en classe sans avoir tous leurs professeurs. Pour faire face à la pénurie, beaucoup d’enseignants, quant à eux, sont répartis sur deux ou trois établissements, en particulier les contractuels. Les heures supplémentaires se multiplient. Pire encore, les horaires de cours auxquels les élèves ont droit ne sont parfois pas respectés, faute d’enseignants pour les assurer. Les suppressions massives de postes mises en œuvre depuis 2007 se font durement sentir !
 
Il est évident que dans de telles conditions, les chances d’apprentissage et de réussite scolaire des enfants sont considérablement réduites. Ceux qui ont les moyens pourront inscrire leurs enfants dans des écoles privées ou leur payer des cours particuliers, les autres devront se contenter d’un enseignement au rabais : c’est la conséquence des mesures d’économie imposées par le gouvernement. Mais les intéressés ne sont pas prêts à l’accepter.
 
Le personnel administratif et d’entretien manque aussi pour garantir de bonnes conditions d’études à tous les enfants. Et les livres scolaires que la Région ou le Conseil Général doivent distribuer ne sont pas encore disponibles.
 
Et le gouvernement a prévu de supprimer encore 14 000 postes pour la prochaine rentrée, en 2012. C’est pourquoi l’ensemble des syndicats de l’éducation appellent à la grève, dans toutes les académies, le mardi 27 septembre. Cette grève doit être massivement suivie, pour montrer que les personnels des établissements scolaires refusent de faire les frais d’une crise économique dont ils ne sont pas responsables.
 
Bien sûr ce n’est pas une seule journée de grève qui mettra un coup d’arrêt à cette politique de casse de l’école. Il faudra une mobilisation de grande ampleur, avec l’appui des parents d’élèves, pour faire reculer le gouvernement.
 
 

Martinique : Leur sondage... et les nôtres

Un sondage, commandé par l'officine patronale « Contact Entreprise » et réalisé par l'Institut Louis Harris, a été réalisé en juin 2011 et ses résultats rendus publics mi-septembre. Sur un échantillon de 300 salariés du secteur privé, son résultat serait, entre autres points, que « plus de 80% de ces salariés sont satisfaits des relations avec leurs dirigeants ». Les patrons représentés par le président de Contact Entreprises Olivier Huyghes-Despointes s'en sont largement vantés sur les ondes ! Il n'y a vraiment pas de quoi. Dans cette affaire ils jouaient gagnants à coup sûr.
 
Outre le fait que l'institut de sondage n'a commercialement pas intérêt à déplaire à son client quoi d'étonnant que, dans cette période où le chômage est une menace bien réelle, des salariés soient satisfaits d'avoir des relations avec une entreprise, c'est-à-dire d'avoir un emploi ! D'ailleurs les résultats disaient aussi que 42% des salariés craignaient, pour l'avenir, le chômage. Satisfaits en somme de « leurs dirigeants », mais craignant quand-même d'être flanqués à la porte par ceux-ci.
 
Ce sondage a causé un certain émoi dans les milieux syndicaux. Des représentants syndicaux n'ont pas eu de mal à battre en brèche, notamment à la télévision, la propagande patronale. Il suffisait d'évoquer le nombre élevé de recours aux prud'hommes, les salaires bloqués, les conventions collectives non respectées et les grèves éclatant dans les entreprises pour le respect des droits des travailleurs.
 
Quoi qu'il en soit les patrons ont bien raison de tenter de profiter du calme social relatif actuel pour se voiler la face et  jouer les innocents. Car quand les luttes sociales d'envergure reprendront, et elles reprendront fatalement, ils ne pourront plus faire leur cinéma sur les ondes et dans la presse quotidienne. Cela vaudra bien tous les sondages !

Trinidad : Le gouvernement a décrété l’état d’urgence

Depuis le 21 aout, les zones urbaines autour de Port of Spain la capitale de Trinidad , sont l’objet d’opérations de police. En moins d’un mois, plus de 1500 personnes ont été arrêtées, accusées de participation à des gangs, vols de voitures, port d’armes, violences liées au trafic de drogue, quelques unes pour homicide ou autres crimes. Des armes et des munitions ont été saisies. Le couvre-feu initialement annoncé pour 15 jours de 21h à 5h du matin a été prolongé jusqu’en fin décembre 2011, cette fois de 23h à 4h. La décision annoncée par le premier ministre, Madame  Kamla Persad-Bissessar, a suivi un week-end où des violences ont fait 11 morts.
 
Si la violence est effectivement présente à Trinidad et Tobago, des voix s’élèvent contre l’état d’urgence. La répression réglera-t-elle le problème de la délinquance ? Qu’en sera-t-il après cette période de couvre feu ? Le gouvernement cherche-t-il à savoir pourquoi beaucoup de jeunes sont dans des gangs violents ? Quelles solutions sont proposées à ces jeunes ? Quels espoirs d’une vie meilleure ?
 
Au-delà de ces questions, certains contestent les méthodes brutales de policiers qui maltraitent surtout les pauvres et, disent certains, les Noirs. Les délinquants en col blanc ne sont pas touchés par l’opération. Les politiciens, hommes d’affaires qui pratiquent la corruption, les riches, responsables de l’entrée d’armes ou de drogue dans le pays, sont tranquilles. Cet état d’urgence amène les partis politiques à soulever des questions liées aux origines pluriethniques de la population : certains dénoncent un nouveau gouvernement, à majorité indienne, face à beaucoup de pauvres d’origine africaine.
 
Reste que Trinidad et Tobago souffrent de l’exploitation par une minorité de possédants qui ne se soucie pas des besoins de la population et a laissé augmenter une violence qui la dérange aujourd’hui. Ceux qui accusent le gouvernement d’avoir décrété l’état d’urgence pour tenter d’enrayer une menace de grève par les syndicats et le risque de soulèvement ont peut être raison.