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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n°1045 du 26 mars 2011/Page 4

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Haïti : Le retour d’Aristide. De nouvelles illusions pour les pauvres.

         Le 18 mars 2011, J.B Aristide est revenu en Haïti. Pour les milliers de partisans  qui l’ont accueilli et l’ont suivi en cortège jusqu’à sa résidence à Tabarre, son retour est synonyme d’espoir. Il est souvenir d’un espoir qui a été déçu, du regret d’un changement de leur situation qui n’est jamais venu. Ils excusent «Titide» avec l’illusion que  tout cela n’est pas de sa faute, qu’il a été mal entouré, mal conseillé». Ils espèrent qu’il amènera la démocratie.
Du petit prêtre des ti légliz, au mariage avec l’armée
         Après la chute de Duvalier, la prétendue «Bamboche Démocratique» a été en fait trois années de régime militaire marquées par les putschs des généraux qui se disputaient la présidence. Ce sont les pauvres qui en firent les frais avec une dégradation de leurs conditions de vie. Puis un immense espoir les souleva avec la candidature d’Aristide en 1990 où il disait qu’avec lui «woch nan dlo pral konèt doulè woch nan soley», « tout le monde devrait être assis autour de la table pour manger ». Mais par quels moyens ? Lavalasse, le parti d’Aristide a focalisé l’énergie des pauvres sur la lutte contre les sbires de la dictature duvaliériste seulement, les macoutes. Mais Aristide a évité de s’attaquer à l’armée et lui a même fait la cour, souvenez vous : « l’armée et le peuple ne sont qu’un ; il s’agit du mariage de l’armée et du peuple ». A aucun moment il n’a été fait allusion à la nécessité pour la  population de défendre elle-même ses intérêts ; Aristide allait le faire pour elle.
         Les possédants attendirent huit mois avant de le renverser par le putsch militaire de Cédras. L’armée s’attaqua d’abord aux pauvres des quartiers, aux travailleurs qui avaient osé défier le pouvoir des possédants lors de cette élection et fit des massacres, ciblant les militants en premier. La dictature s’installa trois ans et s’en prit aussi à la bourgeoisie qui a fini par lâcher Cédras. Et, par l’entremise des américains, ces bourgeois ramenèrent Aristide.
 
La dictature sanguinaire d’Aristide
         Ce premier retour a été celui d’un nouvel espoir pour la population pauvre qui rapidement va déchanter. Au-delà de belles phrases sur l’unité de la nation, l’achèvement du premier mandat d’Aristide, sa relève par Préval, puis son retour au pouvoir n’a été qu’une succession de coups portés contre la population pauvre contre les travailleurs. Les gouvernements successifs d’Aristide ont été des ennemis des exploités. Le prêtre défroqué n’a pas voulu toucher aux structures économiques du pays ; il a été, comme Préval après lui, de ceux qui ont dit que l’augmentation du salaire minimum mettrait en péril l’économie du pays. Il n’a  jamais osé ne serait-ce qu’écorner la richesse des possédants ou s’appuyer sur la puissance des travailleurs pour s’attaquer à l’exploitation qui les laissent dans la misère et le dénuement. Il s’est mis au service des bourgeois comme ses prédécesseurs reniant les paroles du «petit prêtre rouge» de l’année 1985.
         Quand il s’est senti menacé, le régime d’Aristide s’est transformé en une dictature crapuleuse. Il a mis en avant ses «chimères», ses bandes armées qui, bien qu’issues pour la plupart des quartiers populaires ont fait régner la terreur dans les quartiers qu’ils quadrillaient. Cette terreur se poursuivit jusqu’à la destitution d’Aristide en 2004 par les militaires alors qu’il était lâché par la population pauvre.
 
Un retour qui n’apportera rien aux masses pauvres
 
         Pendant  les 7 ans d’exil d’Aristide en Afrique du Sud, les travailleurs, les pauvres  d’Haïti se sont enfoncés encore plus dans le dénuement. Les inégalités sociales ont augmenté, en flèche. La petite poignée de  bourgeois s’est enrichie en exploitant la population laborieuse. Cette inégalité a été accentuée par le tremblement de terre et le choléra qui a suivi. Aristide est rentré la veille du deuxième tour des élections présidentielles du 20 mars 2011. C’est un geste politiquement symbolique. Il affirme qu’il n’a pas d’ambition politique. Bien naïfs ceux qui le croiront. Il se propose d’être au service de son pays et de la jeunesse. Autrement dit, il propose aux possédants et aux impérialistes l’alternative du sauveur en cas de crise. La démocratie espérée par la population pauvre ne leur sera donnée, ni par les élections contrôlée par la bourgeoisie, ni par Aristide. «Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni César, ni tribun, producteurs  sauvons nous nous  même » dit l’Internationale.
 

Tunisie : Les travailleurs se mobilisent également pour de meilleurs salaires.

         Pour les capitalistes, la Tunisie est une bonne affaire car les salaires y sont extrêmement bas. Ainsi le salaire horaire minimum est de 0,75 euros, inférieur à celui du Maroc, de l’Algérie et de la Turquie. Pour les patrons la contestation ne doit pas empêcher les affaires et les travailleurs doivent rapidement reprendre le travail dans les entreprises.                                                                                         Mais les travailleurs ont profité de la révolte populaire pour faire avancer leurs revendications. Ainsi selon une agence de presse tunisienne, des mouvements sociaux, des sit-in ont eu lieu et les manifestants réclamaient de l’embauche. La compagnie des phosphates de Gafsa (le bassin minier) a déclaré l’embauche de trois mille salariés plus 1400 autres dans les sociétés spécialisées dans l’environnement et le boisement du bassin minier. En d’autres lieux, les manifestants ont continué à bloquer le transport du phosphate tout en réclamant 17 000 embauches pour faire  vivre leur famille.                                                 Selon l’envoyée spéciale du journal les Echos, les travailleurs précaires de l’hôtel Africa qui se trouve au centre de Tunis occupent les lieux et exigent d’être embauchés. Comme de nombreux employés d’autres hôtels, ils demandent la titularisation de 60 travailleurs qui sont en contrat précaire depuis de nombreuses années. L’un des grévistes travaillant au room service disait «on n’a rien dit pendant cinquante ans, c’est maintenant l’occasion ou jamais de parler».                                                                                                                                 Les employés de Tunisie Télécom sont également en grève depuis plusieurs semaines et font pression auprès de leur patron pour obtenir le départ de quelques dizaines de proches de l’ancien régime.                                        Dans d’autres entreprises, les revendications portent sur les salaires et les conditions de travail. Car les patrons tunisiens ou français s’inquiètent d’avoir à satisfaire les revendications salariales s’ils veulent voir leurs affaires reprendre. Pour ces patrons des salariés qui réclament 200 dinars d’augmentation (soit environ 125 €) ont des revendications extravagantes alors que le salaire est de 250 dinars. Pour ces exploiteurs, c’est le chaos qui règne en Tunisie et ils veulent que les grèves cessent le plus vite possible afin que les affaires reprennent le plus vite possible.                                                                                     Le directeur de l’observatoire d’études géopolitiques a même déclaré que, «le chaos menace en Tunisie. Des soviets se mettent en place dans les usines !». Sa crainte c’est le risque de la fuite des investisseurs, mais il ne se préoccupe pas une seconde des travailleurs qui sont exploités pour une bouchée de pain.
         On se rend compte que les capitalistes s’accommodaient fort bien de la dictature qui leur permettait d’exploiter férocement des centaines de milliers de travailleurs.  Les médias n’ont pas fait grand cas de ces grèves dans les entreprises. L’attention était focalisée sur la révolte populaire car la crainte des capitalistes c’est que ces mouvements de grève ne se répandent dans tous les pays arabes et qu’ils soient obligés d’accorder des augmentations de salaires.
 

A PROPOS DU FILM «LA MARTINIQUE AUX MARTINIQUAIS»

            49 ans après, le film de Camille Mauduech, à l'affiche en ce moment en Martinique, donne la parole aux anciens militants de l’OJAM (Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique). Il montre des images et des vidéos d’archives. Le collage par une poignée d'hommes, dans toute l’île, dans la nuit du 22 décembre 1962, de l'affiche «La Martinique aux Martiniquais»,  De Gaulle, s'écriant d'une voix chevrotante le 22 mars 1964 à Fort-de-France «Mon Dieu, que vous êtes français !», c'est une relation vivante des événements qui nous est donnée.                                                  On voit aussi dans ce film-documentaire la rencontre, de deux courants politiques, celui du Parti Communiste Martiniquais et celui de la jeunesse anticolonialiste des années 1960.                     D'un côté des jeunes, membres ou responsables du parti communiste, courant politique existant en Martinique depuis les années 20, avait noué des liens solides avec la classe ouvrière, en particulier par sa place dans le mouvement syndical. En 1956 le Parti Communiste Martiniquais était la première force politique de l’île, obtenant 65% des voix aux élections législatives. Et même en 1958, après la démission d'Aimé Césaire, il obtenait encore 21%. De l'autre des militants enthousiastes mais relativement isolés, éveillés à la vie politique par la lutte d'indépendance du peuple algérien, par le mouvement castriste à Cuba et qui vibraient plus aux noms de Frantz Fanon et de Lumumba qu'à ceux de Marx et Lénine.                                                                                               Ces militants étaient réservés à l’égard de la politique du PCM. Bien qu’indépendant du PCF depuis 1957, il adoptait toute la politique du «grand parti frère». Elle était, cette politique, particulièrement modérée tant à l’égard des luttes des travailleurs de France qu’à l’égard des luttes anticolonialistes dans les colonies françaises, quand elle ne les trahissait pas carrément. Mais l’OJAM, pas plus que les dirigeants du GONG interviewés dans le film, n’avaient une politique soutenant réellement les intérêts des travailleurs et des masses pauvres de Martinique et de Guadeloupe. Certes, ils ont contesté le colonialisme qui à l’époque était bien plus féroce qu’aujourd’hui. Ils l’ont fait avec courage, et ils eurent le mérite de dénoncer bien des discriminations coloniales. Mais leur but, tout comme les nationalistes d’aujourd’hui n’a jamais été autre que l’autonomie ou l’indépendance. Les intérêts de classe des travailleurs et des pauvres n’étaient pas leurs préoccupations. Ils aspiraient tout au plus à la création d’un Etat de type algérien à l’issue d’une lutte indépendantiste sous une forme ou une autre. Certains ont parfois parlé de lutte armée.                                                                                                                                                          Bien de ces anciens militants, comme Rodolphe Désiré par exemple, se sont ensuite retrouvés et jusqu’à aujourd’hui, dans des partis de la gauche modérés comme le PPM de Césaire ou sont restés au Parti communiste martiniquais qui n’a plus de politique ouvrière. Certains d’entre eux, à défaut de devenir les cadres d’une nation martiniquaise indépendante se sont contentés d’un avenir de notable, de maire de conseiller régional ou général ou au mieux de parlementaire français. Et de ce fait, ils ont plutôt contribué au maintien du statu quo social et politique des classes opprimés : celui de l’exploitation féroce de la caste des possédants békés et autres patrons sur la classe des travailleurs.