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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n°1045 du 26 mars 2011/Page 1

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Les va-t-en guerre

         L’armée française est donc en première ligne de la coalition de grandes puissances en train de bombarder en Libye. L’intervention se limite, pour le moment en tout cas, à une attaque par l’aviation. Mais c’est une vraie guerre, avec de vraies bombes, de vrais morts et de vraies destructions. Et les dirigeants ont beau répéter que ne sont ciblés que des objectifs militaires, les victimes dans la population civile se multiplieront. Ceux qui mènent cette guerre le savent bien, eux qui ont inventé l’expression «dégâts collatéraux».                                 Les grandes puissances affirment qu’elles interviennent pour venir au secours du peuple libyen en train de se faire massacrer par son dictateur. Oui, Kadhafi est un dictateur, oppresseur de son peuple. Mais il l’est depuis quarante ans, et pendant longtemps sous les applaudissements de tous les grands de ce monde ! Les mouvements de menton de Sarkozy ne peuvent faire oublier la réception obséquieuse qu’il avait organisée lorsque Kadhafi était venu à Paris. Kadhafi était un ami tant qu’il tenait son peuple solidement sous sa férule, qu’il tenait le robinet à pétrole et que ses revenus lui permettaient d’être un bon client pour les marchands d’armes, notamment de France.
     Pour paraphraser l’expression d’une humoriste, l’état-major français n’a pas beaucoup de mal à connaître l’armement de Kadhafi, il suffit de retrouver les factures !
     Maintenant que le pouvoir de Kadhafi est ébranlé, ses protecteurs occidentaux le lâchent, comme ils ont lâché à l’époque Saddam Hussein qu’ils avaient tant protégé auparavant. Et les circonstances offrent à Sarkozy l’occasion de jouer au chef de guerre et d’essayer de se replacer aux yeux de l’opinion publique arabe après ses bévues en Tunisie et en Égypte où la France a été une des dernières à lâcher les dictateurs en place. Accessoirement, Sarkozy espère bien engranger quelques pourcents de plus dans la course à la présidentielle.
     Au moment où les puissances occidentales lancent leurs avions sur la Libye, prétendument au nom de la défense du peuple libyen et de la démocratie, les troupes d’Arabie Saoudite sont en train d’envahir le petit État de Bahrein pour briser le mouvement populaire, sans que les puissances occidentales manifestent même leur réprobation.
     Bien au-delà des peuples arabes, nombre de peuples d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie ont fait l’expérience d’interventions militaires que les puissances impérialistes ont toujours justifiées par de grandes phrases du genre : «le combat pour la démocratie» ou «la défense de la civilisation».
     Cette guerre-là n’est pas plus une guerre juste que toutes les autres que la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont menées dans le passé contre les peuples. Et le fait que le Parti socialiste se soit immédiatement aligné derrière Sarkozy dans cette affaire montre seulement qu’il n’y en a pas un pour racheter l’autre en matière de politique extérieure comme en matière de politique intérieure. Faut-il rappeler que le Parti socialiste a porté la responsabilité de quelques-unes des pires guerres colonialistes et des pires aventures guerrières de l’impérialisme français, la guerre d’Algérie en particulier ?
     Contrairement aux dignitaires du Parti socialiste, flanqué des écologistes qui ne sont pacifistes que lorsqu’il n’y a pas de guerre, les travailleurs n’ont pas à être solidaires et, encore moins, fiers de l’intervention française en Libye.
     Troupes françaises hors d’Afrique et stop aux bombardements en Libye par l’aviation française !
(Extraits du dernier éditorial d’Arlette Laguiller)          

Guadeloupe-Martinique : Face au risque sismique majeur, l’incurie de l’Etat et les moyens de la combattre.

Un rapport accablant
         La Cour des Comptes a publié en février 2011 un rapport public annuel sur la gestiondes risques naturels dans les dits «départements d’Outre-mer». Dans ce rapport, la Cour met l’accent sur les insuffisances dans ces départements. Concernant ces risques naturels elle souligne que «pour les séismes, les Antilles, classées en zone de sismicité importante (zone III par décret n°91-461 du 14 mai 1991), constituent la partie du territoire national où les risques sont les plus forts. Des séismes, identiques à ceux de 1839 en Martinique et de 1843 en Guadeloupe, provoqueraient probablement la mort de plusieurs milliers de personnes». Et la Cour des Comptes souligne que : «la plupart des bâtiments de l’Etat sont anciens et vulnérables aux séismes. De nombreux bâtiments, pourtant essentiels en cas de crise, ne sont pas en conformité avec les normes en vigueur et devraient le rester dans un proche avenir». Concernant les établissements scolaires, la cour  note que « 22% sont aux normes ou ne nécessitent pas de travaux lourds, mais 23% sont à reconstruire et 55% doivent être confortés. Pour les écoles, fin 2009, treize sont en voie de reconstruction ou de confortement mais les travaux sont freinés par les difficultés financières des communes».
Dans les deux îles, des milliers de personnes vivent sur le bord de mer et n’échapperaient pas au désastre provoqué par un tel séisme majeur ou/et un tsunami. Il est indiqué dans le rapport que «l’arrivée d’un tsunami mettrait 2 à 5 minutes pour un séisme proche, et entre quelques dizaines de minutes à deux heures pour celui provenant du bassin Caraïbe».
Les risques sont grands : le 21 novembre 2004 un séisme de magnitude 6,3 avait secoué la Guadeloupe et en particulier, Les Saintes, où de nombreuses maisons avaient été détruites ; le 30 novembre 2007 un fort séisme d’intensité 7 avait secoué la Martinique et…. le 12 janvier 2010 un séisme faisait 250 000 morts en Haïti.  La suite du rapport de la Cour des Comptes fait frémir : elle souligne  «la préparation face à des catastrophes naturelles majeures est loin d’être efficiente tant au niveau de l’Etat, des collectivités que de la population». On estime, pour la Guadeloupe, à environ 40 000 le nombre de victimes probable compte tenu de l’état actuel des bâtiments en particulier publics qui ne répondent pas aux normes parasismiques si un séisme comparable à celui qui a frappé Haïti venait à s’y produire. En dépit de  cette situation l’Etat traîne les pieds. Le nombre important de victimes n’est pas un problème pour lui. La seule chose qui compte pour Sarkosy et son gouvernement  ce sont les économies à réaliser.                                                                                                             
 
Un nouveau CHU en Guadeloupe : une nécessité vitale
         Le CHU de Pointe-à-Pitre-Abymes, déjà en état de dégradation avancée, n’est pas aux normes parasismiques. La construction du nouveau CHU traîne en longueur pour une question d’argent. Sur un coût total de 500 millions l’Etat met 360 millions et laisse 140 millions à la charge du CHU. Or ce dernier connaît déjà un déficit de 26 millions. Il est donc dans l’incapacité de réunir cette somme.                                                                                                           Cela signifie en clair que la politique de ceux qui nous dirigent n’est pas de mettre l’argent de nos impôts au service de la population mais plutôt de s’en servir pour répondre aux intérêts privés des capitalistes, des exploiteurs en leur faisant des  cadeaux sous forme d’aides financières et toutes sortes des exonérations fiscales. Quant aux politiciens locaux, il ne faut pas compter sur eux pour que les choses changent vite en matière de prévention. Leurs préoccupations sont surtout de chercher à occuper des postes dans la nouvelle Collectivité unique en Martinique et savoir ce qu’ils pourront gagner comme avantages au sein de  futures institutions en Guadeloupe.
        
Mobilisation et auto préparation  de la population
Alors, la population, les travailleurs, les pauvres ont tout intérêt à  se mobiliser pour exiger des mises aux normes immédiates. De grands travaux conformes aux normes sont nécessaires. Mais dans le même temps, pourquoi ne pas s’organiser dans les quartiers, entre voisins, pour se préparer. Si des comités de prévoyance des habitants se constituaient d’eux-mêmes au sein de la population, ce serait déjà une excellente initiative. De tels comités  en liaison avec des spécialistes pourraient organiser des exercices d’alerte, prévoir des kits de survie, et étudier ensemble toutes les mesures à prendre en cas de séisme et d’après séisme. Ce début d’organisation autonome de prévoyance serait aussi une forme de mobilisation qui  permettrait entre autres de mettre fin aux lenteurs bureaucratiques de l’Etat et à son «je m’en fichisme» quant aux questions de sécurité qui concernent la population.